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jeudi 5 janvier 2017

On est pas là pour protéger nos enfants.

"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface
A chaque faux pas que tu feras
Je tomberai à ta place
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal

[...]
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul tu manqueras de rien"

Je Serai Là, Teri Moïse  




Il y a quelques semaines, je retombe sur cette chanson bien connue de feu-Teri Moïse, qui date de mon adolescence et qu'on trouvait telllllement jolie. 
Cette chanson est jolie, c'est vrai, mais les paroles entendues ce jour là m'ont piqué les oreilles.

Bon, le refrain, je dis pas :
"J'ai découvert qui je suis
Tout a changé le jour où je t'ai donné la vie
Et si jamais le monde t'es trop cruel
Je serai là toujours pour toi "

No problemo, c'est la quintescence de la maternité.... Mais le reste ? 

"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface 
Oublier quoi ? Ah non, non, non, moi j'efface rien. Les erreurs sont pleines d'enseignements et les peurs, des obstacles à surmonter dont on ressort grandi.
A chaque faux pas que tu feras Je tomberai à ta place 
QUOI !? Euh non, non plus. Je tombe déjà assez bien tout seule merci. Je veux bien tendre la main pour aider à relever mais c'est en tombant qu'on apprend à ne plus tomber.
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal
[...]
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul tu manqueras de rien
Alors déjà, j'ai plein de plaisirs dans la vie, hein ?  Et puis, comment Diable, suis-je censée faire ça ???

Vous savez quoi, je crois qu'une des plus grosses erreurs que véhicule notre modèle sociétal sur ce qu'est être parent c'est de nous faire croire que nous sommes censés protéger nos enfants.
Cette image de nous que nous avons, cette lubie profonde de vouloir qu'ils n'aient jamais mal, jamais peur, qu'ils ne connaissent ni la frustration, ni la haine, ni le mépris, ni la contrariété, ni rien. On veut les préserver de tout ce qui nous semble négatif.

Pour moi, c'est une résultante de deux éléments fondamentaux de notre modèle culturel : le fait que l'on vit dans la peur (voir ici), et l'omniprésence du confort. Nous sommes constamment en recherche de confort, au point que nous allons à l'encontre parfois de ce qui est bon pour nous afin de ne pas en sortir : accumuler des choses qui font tout à notre place, accoucher sans douleur, ne pas sortir quand il pleut ou qu'il fait froid, surchauffer nos maisons, rester dans des situations qui ne nous épanouissent pas mais qui nous maintiennent dans ce confort anesthésique, dans lequel d'ailleurs on s'échine à nous maintenir. Orson Wells et Aldous Huxley avait imaginé les sociétés dictatorielles du futur mais si je devais écrire mon "Meilleur des monde" je miserais sur la peur et le confort : "Le monde il est méchant mais j'ai pas le temps de le changer, c'est les soldes chez Conforama" : et on devient dociles comme des agneaux (ah non pardon, on partage notre indignation sur facebook!).

Mais, bref, je m'égare...

Pourquoi diable, prétends-je que notre rôle n'est pas de protéger nos enfants ?

Parce que les protéger de ce qui nous semble néfaste, c'est les protéger de la vie d'une part. La vie c'est pas un champ de fleurs, la vie est faite de bons et de mauvais moments, et si on apprécie les bons, c'est aussi parce qu'on a traversé les mauvais. La vie desfois c'est dur, mais parfois il faut savoir traverser ça pour accéder au bonheur. Personne n'a jamais dit que le bonheur c'était facile, ou qu'il avait vocation à l'être. 

Ensuite, je crois qu'il nous faut reprendre les rennes de nos vies, et quand je dis nos vies ce n'est pas seulement notre petite bulle mais notre façon d'être au monde, d'être dans le monde. Pour pouvoir être acteur, il faut donc agir et donc il faut voir le monde en face. Pour lutter contre la haine il faut la connaitre, pour lutter contre le mépris il faut en avoir été témoin, pour lutter contre l'inconscience il faut savoir vivre avec les inconscients.  

Parce que protéger nos enfants c'est les mettre réellement en danger. Si on tient le bouclier devant leurs yeux, ils n'apprennent pas ni à voir le danger, ni à s'en défendre seul, ni à l'éviter.(voir ici)

Dans des tas de cultures (souvent dites "primitives"), il existe des "passages initiatiques" où le jeune est volontairement placé dans une situation d'inconfort, voire de danger, et où il doit prouver qu'il peut surmonter cela pour être considéré comme un adulte. (Et soit dit en passant, être adulte est un accomplissement dans ces sociétés, pas une malédiction).
Et après tout n'est-ce pas cela, en effet, être adulte ? Avoir appris à vaincre, seul, les difficultés pour prendre sa vie en main et pouvoir engendrer alors d'autres vies ?

Et puis les protéger, le peut-on réellement ?
Je ne veux pas que mon fils se brûle avec les allumettes alors je vais toutes les enlever ou les mettre tout en haut de l'étagère. Et un jour l'enfant se brise le cou en ayant escaladé l'armoire pour aller chercher les allumettes quand ses parents avaient le dos tourné.
Je veux lui épargner l'angoisse de la séparation alors je reste toujours avec lui et j'empêche le père de s'impliquer parce qu'il ne "sait pas faire". Et un jour on est hospitalisée pour deux mois.
Mon fils se fait harceler à l'école, je vais en parler à la maitresse, je vais voir les parents de l'agresseur, l’agresseur lui-même, je vais le changer d'école. Et devenu adulte, il n'ose s'opposer à son voisin qui lui pourri la vie parce qu'à l'époque, c'est maman qui avait tout géré et qu’aujourd’hui elle n'est pas là. 
Je ne veux pas que ma fille boive de l'alcool parce que c'est mal alors à la maison on en a pas, on en parle pas, on ne fréquente pas de gens qui en boivent, on interdit les soirées où il y en a. Et un jour votre fille se regarde dans la glace après son premier verre de whisky à 8h du matin en se rappelant ce jour où ce charmant garçon lui a tendu un verre avec un clin d’œil et qu'elle n'en a jamais parlé à la maison parce qu'à la maison, ça n'existait pas.

Vouloir protéger un enfant, plus j'y pense, plus je trouve ça contre-productif.


Alors quoi ? "D 'après toi grande maline, que faut-il faire?"
Je laisses la parole à Dumbledore et Harry Potter :

"Comment puis-je protéger mon fils Dumbledore ?
- [...] On ne peut pas protéger les jeunes de la souffrance. La douleur doit arriver et elle arrivera.
- Donc, je suis censée rester là à ne rien faire ?
- Non. Tu es censé lui apprendre à affronter la vie. "

Moi y en a être d'accord.
Je veux dire, évidemment que je ne suis pas en train de dire qu'il faut livrer nos enfants à eux-mêmes ou les mettre dans des situations ingérables pour eux en pensant qu'ils s'en sortiront seuls et que ça leur servira de leçon.

A mes yeux aujourd’hui, notre rôle est de sensibiliser nos enfants, de les accompagner, de les soutenir, de les épauler, oui, de leur apprendre à se protéger, mais pas de les protéger.

Alors évidemment c'est difficile parce que souvent nous avons été protégés, et nous sommes très nombreux à ne pas savoir nous-mêmes comment nous protéger. Ou on a été laissés seuls, ou forcés : "T'es plus un bébé, c'est rien, serres les poings / rentres dans le tas".

Mais des outils bienveillants il y a en et vous les connaissez sûrement :
- accepter les émotions, les entendre et laisser l'enfant les entendre et lui apprendre à les gérer
- trouver des solutions ensemble, l'impliquer dans ce qui le concerne
- lui apprendre qu'il a le droit de dire ce qu'il ressent et d'être traité avec respect.
- avoir nous-mêmes un comportement exemplaire, en accord avec nos discours.
- laisser la place à l'autonomie, à l'expérience personnelle, sans jugement ni tentation de faire à leur place
- laisser le droit à l'erreur et laisser l'enfant tirer les conclusions qui s'impose
- être là, tout simplement, comme un refuge, un phare dans la tempête et laisser l'enfant venir à vous pour y puiser la force qui lui est nécessaire.
etc.

Pour moi, il ne s'agit pas de dire : "T'inquiète mon chou, maman va venir avec son bouclier en titane" mais "Bon, voilà du carton, du scotch, quelques clous, viens, on va te faire un bouclier. C'est quoi ça là-bas ? Ah ça, c'est mon bouclier en titane et tu sais quoi, un jour tu auras le tien. Mais il faut beaucoup de personnes pour faire celui-là. Viens on va commencer par le carton, je vais te montrer."  

Pour finir, je vous propose une réécriture de ma chanson d'intro  :

"Sers toi de tes erreurs et tes peurs
Dépasse-les, apprend d'elles
A chaque faux pas que tu feras
Je t'apprendrai à te relever

Mon plus grand plaisir sera de te voir construire ta vie librement
 Avec ses peines et ses joies

Et tu seras l'acteur d'un monde meilleur

Je t'apprendrais à te satisfaire de ce que la vie te donne
Et je serais là, toujours pour toi".


lundi 12 décembre 2016

Pédagogie de projet et graine de partage

"Moi, je file un rancard
A ceux qui n'ont plus rien
Sans idéologie, discours ou baratin
On vous promettra pas
Les toujours du grand soir
Mais juste pour l'hiver
A manger et à boire
[...]
C'est pas vraiment de ma faute
Si y'en a qui ont faim
Mais ça le deviendrait
Si on n'y change rien

[...] 
Aujourd'hui, on n'a plus le droit
Ni d'avoir faim, ni d'avoir froid

[...]
  J'ai pas de solution pour te changer la vie
Mais si je peux t'aider quelques heures, allons-y
Y a bien d'autres misères, trop pour un inventaire
Mais ça se passe ici, ici et aujourd'hui

[...]
  Aujourd'hui, on n'a plus le droit
Ni d'avoir faim, ni d'avoir froid "

Chansons des Restos du coeur, les Enfoirés

Voilà deux ans que j'ai amorcé trèèèèès doucement une volonté de faire du temps de l'avent un temps où l'on reçoit, certes, mais où l'on donne aussi.

Elevée dans une famille catholique pratiquante, j'ai une culture de l'Avent comme un temps de réflexion, d'introspection et de générosité envers les plus démunis. Nous nous retrouvions avec des amis de mes parents tous les dimanches de l'avent pour des temps d'échange qui ont planté une graine en moi, même si ma spiritualité a évolué depuis. 

L'hiver est par naissance pour moi une saison de repli, de pause, et de réflexion (idée qu'on retrouve dans la saison sombre des païens ou dans ce fameux bilan de fin d'année et ces bonnes résolutions qu'on ne tient jamais). Mais se replier sur soi et regarder en soi, faire le point sur sa vie, ça incite, ça invite aussi à voir l'Autre. Voir sa vie en pensant à celui qui a moins que nous change le regard. Et je voulais transmettre cette idée dans les rituels familiaux.

J'avais plein d'idées au départ, mais ce n'est pas si simple avec de jeunes enfants. Je me souviens du jour où nous avons offert des croissants et un café à un monsieur qui faisait la manche près d'un supermarché. Ma fille a posé des questions bien sûr, et j'ai du lui expliqué que certaines personnes n'avaient pas de travail, donc pas d'argent et donc pas de maison et parfois pas de quoi s'acheter à manger. "Mais alors, il faut leur en donner une de maison !". 
Ben oui, c'est ça qu'il faudrait faire. Il faudrait que tout le monde ait un toit, un refuge, un foyer. Mais ça ne se passe pas comme ça dans notre monde et pour expliquer ce non-sens à un gamin... Et ben j'étais bien embêtée (Que ce monde parait insensé quand on le voit avec les yeux d'un enfant!).

Finalement, cette année, nous avons commencé par le commencent : faire un peu, c'est déjà faire.
Nous avons donc fabriqué des petits sachets de Noël pour les distribuer au SDF.   

Alors pourquoi je parle de pédagogie de projet ? 
Déjà parce que c'est accrocheur alors comme ça plein de gens reggio-fan voudront lire mon article. Et puis parce que, avec le recul, je me suis rendue compte que c'était notre premier vrai "projet" au sens pédagogique. 
L'idée : faire des sachets de Noël pour les sans-abris. Pour cela nous avons : 
- cuisiné - avec tout ce que ça inclus en terme d'apprentissage cognitifs et manuels
- compté et comparé - pour faire des sachets équitables
- tracé des formes - des cœurs avec les emporte pièces pour faire les étiquettes
- découper - lesdits cœurs
- fait marcher notre créativité - pour décorer les cœurs et puis aussi parce Minimog a voulu faire des étiquettes papillons
-  poinçonné - pour trouer les étiquettes et passer le fil
- travaillé l'écriture et la graphie : avec un modèle ou en repassant sur les tracés de maman



Et voilà


Tindiiiiiiin ! 

Le tout accompagné d'un chocolat chaud. Un VRAI chocolat chaud, avec du vrai chocolat dedans, et un mélange lait épautre/noisette et lait entier pour tenir au corps et du miel et un poil d'épice pour vaincre les microbes de l'hiver.

Onctueux et délicieux. Miam !


Et puis nous sommes allés les distribuer.... Un samedi après-midi..... En plein marché de Noël..... Avec tous les magasins ouverts.
Et bien je fus fière de ma fille ! Je l'avais briefé dans la voiture, nous étions là pour donner, pas pour acheter. Et elle a tenu bon.
A part un tour de manège elle n'a rien réclamé.
C'était particulier de nous promener avec notre carton de gâteau et de croiser les gens qui se baladait, les bras chargés de sacs griffés aux marques diverses. De passer derrière les cabanons du marché de noël sans même jeter un œil aux comptoirs chargés de belles choses. En fait, je me suis sentie étrangère à tout cela. Comme si tout cela c'était du vent. J'étais en route pour quelque chose de plus essentiel. Nous on cherchait du regard les personnes assises au bord des trottoirs dans un coin. 
On a tout de même regardé les décorations, les lumières. Ce fut une belle balade de Noël.  
Nos petits paquets sont partis vite. Tant mieux pour nous (traîner deux petiots en ville avant les fêtes ça ne peut pas durer l'après midi), dommage pour le monde.

Et puis nous sommes allés donner le sourire à une autre personne : ma mamie qui vit en résidence pour personnes âgées depuis quelques mois. Parce que ça aussi c'est important

Ma maman m'a demandé ce que ça avait fait à ma fille. Je ne sais pas. Je ne lui ai pas demandé. Je ne veux pas. Lui demander ça serait attendre une réponse, un discours, une morale. Ce genre de question n'est jamais gratuit.
JE l'ai fait, parce que c'était important pour moi et que c'est conforme à mes valeurs. Et j'ai invité mes enfants dans cette démarche. Le reste leur appartient.


Pour l'anecdote, au retour à la voiture, il ne nous restait que du chocolat. En chemin nous avons croisé un monsieur à genoux, mais debout, il avait une pancarte à ses pieds qui disait "J'AI FAIM", ses yeux regardaient sans vraiment voir la foule qui passait devant lui. On ne pouvait pas ne pas s'arrêter. Je me suis approchée en lui disant "Bonjour, on a plus de gâteau, mais il me reste du chocolat chaud, vous en voulez ?", il m'a dit oui, avec la bouche, et avec les yeux. quand je lui tends son chocolat je vois une main qui tend un énorme sandwich au jambon et j'entends mon prénom. Je lève les yeux... C'était la fille d'une amie (qui se reconnaîtra si elle me lit, comme tu peux être fière de ta fille ma chérie <3 -mais tu le sais déjà) qui se promenait avec son petit ami. Aucun sac dans leurs bras mais ce sandwich qui arrivait à point nommé. 
A part moi, je me suis dit : "j'espère que c'est ma fille dans 14 ans".
Mais tout comme on ne tire pas sur la tige d'une plante pour qu'elle pousse, je ne veux pas les pousser vers un idéal qui est le mien. Je suis le terreau, ils sont la graine. 
Et je ne me fais pas de souci : ces choses sont vraies, elles ont un sens, forcément, elles les toucheront.

Le Saint-Nicolas est passé chez ma Grand-mère. Et son pote le Père Fouettard qui a foutu la trouille à Minimog. Quand St-Nicolas a demandé si ma fille avait été ""sage"", je lui ai soufflé : "Tu n'as qu'à raconter à St-Nicolas ce qu'on a fait avant de venir" ;-). Et bien sûr le Père Fouettard a remballé son bâton et St-Nicolas a tendu des chocolats. Bon je sais, c'est nul cette mascarade de Saint-Nicolas ou du Père Noël qui ne donne soit disant qu'aux enfants obéissants (j'ai eu une mini discussion avec ma fille sur le concept de "sagesse" qui pour moi diffère de l'obéissance), alors qu'on sait pertinemment que tout le monde aura quelque chose, même les "petits terribles" (étiquette, étiquette..). C'est trop pas bienveillant. Non sérieux, c'est naze.
Mais bon c'est là, et cette année c'est clair, Minimog veut croire à tout ce folklore. Alors on jongle avec comme on peut, et j'ai glissé à ma fille : "Tu vois ma chérie, une bonne action est toujours récompensée" et ça au moins, c'est vrai. Je souhaite juste qu'un jour elle se rendra compte que la récompense, on se la donne soi-même, en son cœur, qu'elle se trouve dans la main qu'on tend.


Quand mon mari m'a demandé ce que je voulais pour Noël j'ai répondu : une belle fête de famille. Après une expérience comme celle-ci je mesure à quel point le repas partagé, au coin du feu, les belles décorations, l'odeur d'agrumes et d'épices, les sourires de mes enfants, les chants, sont des trésors. Je n'ai envie de rien d'autre. Sincèrement.

Je me dis que mon chocolat chaud a du leur donner soif à ces gens. Je me dis que la prochaine fois j'achèterai des bouteilles d'eau. Parce que oui, il y aura une prochaine fois. Des prochaines fois. Avec Charlie et Petit Chou peut-être.
Je me demande comment transporter des rations de boeuf bourguignon ou de coq au vin. Je me dis que des muffins au printemps et du taboulé en été ce serait une bonne idée... Et ces pensées me rendent heureuse. Sincèrement heureuse. 
Merci Noël. Encore un beau cadeau de la vie.     




  

mardi 6 décembre 2016

Slow life - slow web.

Une lectrice m'a très gentillement écrit pour s'inquiéter du silence radio qui règne ici.
J'ai pensé que si ça ne perturbe pas la vie de milliers de lecteurs, ça valait peut-être la peine d'en toucher un petit mot collectif.
Charlie et moi avons quelques articles dans les cartons. On cherche aussi à proposer un autre format d'article. Bref, ça devrait re-bouger ici dans quelques temps.

Après pour ma part, je sors d'une période où les enfants et moi avons enchainé les maladies, couplée à une période assez difficile au travail, qui m'oblige d'ailleurs à faire des heures supplémentaires en nombre.

Tout cela m'a tenue assez éloignée des écrans (à la maison du moins....), que ce soit pour mon blog ou celui des autres et je dois bien avouer que .... Ça ma fait beaucoup de bien.
Certes, le net est une mine d'information mais je dois dire que je sature un peu.

Tel le yin et le yang, la maladie apporte son lot de bonnes choses : elle force à se poser, et comme l'énergie se fait rare et ne peut être gaspillée, elle force à revenir à l'essentiel.
Pour moi cela m'a permis de me recentrer sur ma famille et, en marge de tout ce qu'on peut lire à droite et à gauche, de réorienter mon regard sur nous, ceux que nous sommes, comment nous vivons, de quoi nous avons besoin, où nous allons. En marge de toutes influence.

En fait, je sens que la déconnexion amorcée cet été me suit. Ce n'était pas une pause, mais une étape, une étape vers un chemin que j'ai emprunté et que je dois suivre pour un temps.
Un chemin loin de l'écran.
Je le sens, j'ai soif de rencontres, de concret, d'avancer vraiment.
J'ai fait de belles rencontres via ce blog mais aujourd'hui j'ai envie de crever l'écran, d'aller voir, de faire. Pas de passer des plombes devant un ordinateur ou le téléphone à la main.

Je ne vous servirai pas de grands discours du style "Adieu monde numérique", je ne vais pas disparaitre de la circulation et puis, j'ai une fâcheuse tendance quand j'annonce un truc, de vouloir faire le contraire dans la foulée. Simplement oui, le rythme risque de ralentir ici. Et dans un sens, je me dis que c'est pas plus mal.
De toutes façons les blogs de mamans fleurissent et ne manquent pas, je ne me fais pas de souci, il y a un tas de choses à lire ailleurs en attendant. Et ma foi si ce sont nos mots à nous qui vous manquent alors déjà merci, et puis envoyez nous un message, prenons rendez-vous pour boire un thé, découvrir votre région, s'échanger nos mails et bavarder autrement. 
 

En passant, j'ai passé beaucoup de temps le nez plongé dans le livre "Danse avec les loups" de Mickael Blake et j'en conseille vivement la lecture. Dans ma vie il est arrivé à un moment clef, ce genre de moment magique où, en allant fureter dans la boite à livre du village vous n'imaginez pas que le livre que vous venez de déloger en disant : "Ah tiens, pourquoi pas ?" est une rencontre qui tombe à point nommé. Alors peut-être qu'il m'a happé plus que de raisons mais voilà, il m'a suffisamment touchée pour que j'ai envie de le conseiller à d'autres.

 

mardi 15 novembre 2016

Maternage et féminisme

Arrivée à l'âge adulte, je me suis posée la question de savoir si je voulais réellement être maman. Pourquoi avoir des enfants ? Et je dois dire que, vu de loin, la vie de maman, ça ne me parlait pas. Je suis une femme pour le moins active, qui aime l'art, la littérature, les voyages, aller en concert, en festivals, les jeux vidéos, faire du bénévolat, apprendre des langues étrangères, apprendre tout un tas d'autres trucs, bref : manger la vie à pleines dents. Et j'avais l'impression que la vie de maman c'était tout sauf ça : que c'était couches, popote, jeux simplistes, routine, « casaniérisme »*, abnégation, énervement, oubli de soi.
*(si quelqu'un me trouve un substantif valable pour casanier, je suis preneuse)

Et si j'avais dit "Arrêtes ! sinon"...‏

oublié initialement le 20/10/14

J'aimerais partager avec vous une anecdote qui m'est arrivée hier avec Minimog tant je la trouve pleine de sens.

L'Enfant, de Maria Montessori

On peut, techniquement appliquer de façon indépendante, des éléments de la pédagogie montessorienne sans jamais avoir lu un ouvrage écrit de la main de Maria Montessori elle-même, simplement en se basant sur des livres ou des blogs qui donnent des idées en ce sens.

Mais ce serait dommage. Ce serait à mon sens, passer à côté de l'une des plus belles plumes qui ait jamais écrit sur l'enfant. .

Signer avec les bébés.

Un des plus gros handicaps auxquels on se heurte avec un bébé, c'est bien celui de la communication. Vous parlez, lui non.
Au début, c'est précisément ce qui rend si particulière et si intense la relation au nourrisson : en l'absence de langage verbal, toutes les autres formes de communication, plus « primitives », prennent une intensité sans précédent. Un regard, un geste, une odeur, tout votre corps est ouvert à la perception des signes que vous envoie votre enfant et qui vous permet d'échanger des sentiments simples mais essentiels : l'amour, la tendresse, l'amour, l'affection, l'amour et encore l'amour.

Oui mais voilà, il arrive un moment où l'enfant qui a grandit commence à prendre conscience de son environnement, amorce un début de vie sociale et où la vie intellectuelle s'installe pour de bon. Et là il se passe un truc très, très embêtant : votre enfant se met à penser des choses qu'il n'est pas en mesure d'exprimer (correctement) par le langage. A partir de là s'installe une période compliquée de la vie des parents où l'on envisage de prendre des cours de nahuatl ou de coréen parce que ce qui sort de la bouche de votre enfant y ressemble plus qu'à du français.

Bon, ça reste drôle, voire touchant, pendant un temps ces gazouillis charabiesques.... Jusqu'au moment où c'est une source répétitive de larmes, de pleurs, d'énervement, de frustration et d'incompréhension.
Nous vivons dans un monde compliqué, la communication devient alors compliquée.

Or, il y a quelque part (aux Etats Unis je crois, pour changer ^_^) des gens qui ont eu l'idée d'utiliser les signes du langage pour malentendant avec des bébés. Il ne s'agit pas d'apprendre aux enfants la langue des signes dans toute sa complexité mais d'isoler des mots clés que l'enfant pourra signer pour se faire comprendre. Parce que pendant longtemps, un bébé saura mieux se servir de ses mains que de sa langue pour communiquer.

Je l'ai fait avec ma fille, et je peux vous dire que c'est génial.
Ce qu'on aime :
- Le mélange des signes et des prémisses de langage parlé facilite grandement la compréhension entre le parent et l'enfant.
- La communication est même me semble-t-il accrue car l'enfant exprime du coup plus de choses que ce que le langage verbal seul lui permet.
- Cela diminue en nombre et en intensité les crises qui peuvent naître de l'incompréhension.
- C'est très ludique, l'apprentissage se fait aussi par des chansons ou des comptines signées qui plaisent beaucoup à ma fille.
- Le langage signé permet aussi plus tard à l'enfant de s'exprimer dans des endroits où la discrétion est de mise. Ainsi l'enfant n'est pas réduit au silence et en même temps il ne créé pas de gêne.
- C'est un langage qui incite à la proximité car l'enfant devant vous voir, vous êtes incité à vous mettre à sa hauteur, à communiquer pleinement avec lui ; ce qui est bénéfique pour votre communication en général.
- Plus tard, dans une fratrie, c'est un beau moyen de communication entre frères et sœurs également, les grands aussi prenant du plaisir à utiliser ce moyen de communication. 
- C'est toujours quelques mots de LSF d'acquis qui vous permettront de communiquer avec des malentendants. Ça me fait toujours plaisir de pouvoir signer quelques mots avec une personne sourde, de pouvoir faire un pas vers elle, même si c'est juste une caissière au supermarché.  
- Ça peut servir à communiquer entre parents si on ne s'entend pas où s'il vaut mieux éviter de prononcer un mot en présence de l'enfant ;-) (à condition qu'il ne vous regarde pas).
- Et qui sait si ça ne deviendra pas sera notre / leur code secret ?;-)

De manière générale, nous avons tendance à nous focaliser sur l'utilisation du cerveau, alors que l'enfant a pendant longtemps besoin d'utiliser son corps en entier : son apprentissage cognitif passant beaucoup par l'expérience sensi-motrice (comprenez : son cerveau enregistre ce qu'il expérimente réellement avec son corps. Il a besoin de toucher, d'entendre, de sentir, de ressentir) – c'est une des bases de la pédagogie montessorienne par exemple. C'est pourquoi ce mode de communication est vraiment parfait pour l'éveil des bébés.

Certaines personnes, qui en général n'y connaissent rien et ne savaient même pas que cette méthode existait avant que vous n'en parliez, prétendent que cela retarde le langage parlé de l'enfant mais c'est faux. D'une part car vous nommez ce que vous signez, il est même conseillé quand c'est possible de faire concorder le rythme du mot avec celui du signe (par exemple, « travail » ou « papa » se signent en deux temps qui correspondent aux deux temps des mots : « tra-vail » - « pa-pa »). Ensuite parce qu'il est prouvé que ce sont les mêmes parties du cerveau qui travaillent pour les deux langages, sauf que là elles travaillent plus.

Il peut falloir s'armer de patience. J'ai pour ma part, mis 7 (looongs) mois avant de voir poindre le premier signe chez ma fille. Une longue traversée du désert pendant laquelle j'ai essuyé des regards d'incompréhension ou de moqueries, sans voir un autre résultat que le plaisir évident que prenait ma fille lors des chansons signées.
Sur cette base, et sachant que le langage signé est bénéfique à l'enfant même s'il ne signe pas en retour, j'ai fini par continuer sans plus attendre de résultat, en me disant qu'au pire je m’entraînais pour un futur bébé 2. Et puis un jour, alors que je n'y croyais plus, le premier signe est apparu, puis un autre, puis nous avons fait des ateliers et là se fut l'explosion avec deux nouveaux signes par semaine environ. Aujourd'hui, quand je constate au quotidien avec quelle facilité nous communiquons avec notre fille de 19 mois, je me dis que ça valait le coup. 
…. Et bien sûr maintenant tout le monde trouve ça super. ^_^**
(La plupart des enfants signent bien avant heureusement.)
Et honnêtement, je fus bien plus bouleversée par le premier signe que par le premier mot de ma fille. D'ailleurs je ne sais pas exactement ce que fut son premier mot (difficile à cerner n'est-ce pas?), mais son premier signe, et même son deuxième, je m'en souviendrais toute ma vie.

Il existe des livres pour apprendre les signes aux bébés et quelques vidéos sur le net. Certains utilisent des signes inventés pour les bébés et d'autres de vrais signes pour malentendants (ce fut notre cas, tant qu'à faire). Mais je ne saurais que trop vous conseiller de suivre des ateliers si vous avez la chance d'en avoir pas trop loin de chez vous. En plus de l'ambiance conviviale et de l'émulation, vous y trouverez des réponses à vos questions et à vos doutes, vous serez sûr(e)s d'apprendre les bons signes et vous aurez plein d'idées de chansons, jeux, comptines, à faire à la maison. 

Néanmoins je profite de cet article pour vous conseiller la lecture de Bébé s'exprime par signes, co-écrit par Anaïs Galon (la maman de Montessori mais pas que) et Christine Nougarolles. Il est vraiment très complet, très bien fait et extrêmement intéressant sur la communication avec les bébés en général.



Ici, le site de l'association Signe avec moi qui forme des animateurs/trices à travers la France :




Enjoy Signin' ! ;-)