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mercredi 25 janvier 2017

Youpi, j'ai fait un burnout (Eeeet non, ça n'arrive pas qu'aux autres).



Décidément, j'ai bien fait de garder l'anonymat sur ce blog pour être libre de partager sur des sujets sensibles et normalement, plutôt intimes.

Donc dans la série, "J'ai testé pour vous" : après la dépression post partum, je m'attaque au burn out parental.

La vie desfois c'est bizarre, tu es censée passer un week-end en famille et puis le matin dudit week-end, tu te retrouves à la porte de chez toi avec tes marmots sans trop savoir ce que tu vas faire dans la minute et quand tu trouves un refuge pour le week-end, tu te rends compte que t'as pas envie de rentrer. Du tout. Jamais.
Mais tu rentres et le lendemain tu vas au boulot. Tu vas voir ta cheffe pour lui demander si tu peux prendre un petit jour de repos en fin de semaine et puis tu pleures, et tu reviens à ton poste et tu pleures, et à un moment tu te rends compte que ça fait 20 minutes que tu fixes l'écran sans rien faire d'autres que pleurer alors tu te lèves et tu t'en vas encore. Deux jours, au vert, chez papa et maman. Comme ça, pouf.
Et puis tu reviens et quand tu reviens tu te rends compte que t'as qu'une envie c'est partir, alors tu vas te promener et puis tu reviens.
Mais tu te rends compte que tu peux plus quand même alors tu vas dans ta chambre et au bout d'un moment tu te rends compte que ça fait plus ou moins une heure que tu es prostrée sur ton lit à regarder le mur en face, jusqu'à en connaître le moindre morceau de relief, et que tout ce qui sort du fait d'être en train de fixer ce mur t'est juste impossible. Et puis ta fille entre dans la chambre, te prends dans ses bras et là....
Là tu la regardes en lui disant "Ma chérie.... je voudrais que tu sortes". "Mais maman....", "NON ! J'ai.besoin.que tu sortes".

Alors au début, comme tu es de nature positive quand même, tu t'es dit, après quelques jours de repos : "Youpi, je fais un burnout". C'est vrai, c'est une bonne nouvelle, parce que ça va te permettre de reprendre ta vie en main, d'oser demander de l'aide, d'aller enfin voir la psy, de te reposer, de passer des jours sans tes enfants (les premiers en 4 ans! Vous avez dit paradis ?) à vider ta to-do list et puis ton homme va ouvrir les yeux.

Et au bout d'une semaine de chutes et rechutes, de dialogues de sourds avec ton conjoint, de nuits hachées, de ton incapacité à faire une sieste, de ta fu****g to-do list qui ne diminue pas mais qui s'allonge ("mais pourquoi j'ai voulu ouvrir ma boite mail pour écrire à cette copine, bon sang!"), des crises d'angoisse qui viennent s'ajouter au reste (et devant les enfants en plus ! C'est tellement bon pour eux de voir leur mère avec les yeux hagards, plantée au milieu de la pièce sans pouvoir dire un mot et respirer comme un goret qui s'étouffe), tu commences à te rendre compte que ta semaine d'arrêt c'est pas une semaine pepère et que le burnout, c'est pas une bonne nouvelle du tout.

Déjà parce que ça ne règle pas tous tes problèmes d'un coup. Des problèmes dont d'ailleurs, pour un bon paquet, tu as conscience depuis longtemps, mais ça ne t'en apporte pas plus la solution.
Ensuite parce qu'avant de vouloir régler les soucis, il faudrait déjà que ta tête arrête de tourner et que tu reprennes pied, ce qui semble un long chemin semé d'embûche parce que...
.. Et bien ton quotidien, lui, il continue de tourner et que t'as pas forcément la force d'en sortir pour oser faire tout ce que t'as pas demandé avant (de l'aide, du temps pour toi, un séjour dans un monastère au fin fond de la cambrousse) : c'est juste qu'avant tu culpabilisais à l'idée de le faire et maintenant tu culpabilise à l'idée de ne pas oser le faire.
Parce que ça ne répond pas à toutes ces questions, ces doutes que tu accumules depuis que, pour sortir grandie à l'intérieur, tu remets en question presque tout ce qui a fait ou fait ta vie, ton environnement, ta société ou ta culture d'appartenance, sans pour autant toujours savoir comment faire autrement, ni finalement pouvoir trouver ta juste place dans ce monde.
Parce que malgré tout ça, ton conjoint n'a pas plus compris dans quel état tu te trouvais...
Et parce que d'en arriver à ne plus vouloir allaiter, ni dormir avec tes enfants, ni même être avec eux, et ne rien ressentir quand ta fille te prends dans ses bras c'est juste horrible.

Non vraiment, le burnout, c'est assez nul. Je vous le déconseille instamment.
0/10

Comme par hasaaaaaard, ma chère Charlie me dégote une émission made in France Inter, sur le sujet, que vous pouvez écouter ici :
Qui, de façon lapidaire et entrecoupée vient quand même dire des trucs assez intéressants. 


Pourquoi je viens ici vous dire ça ?
Parce que, d'une part, ça n'arrive pas qu'aux autres ni à ceux qui sont dans des situations dramatiques.
Voyez donc :
- j'ai un job à temps partiel (fonctionnaire à 60%, c'est vous dit si j'entre dans la catégorie des gens qui ne s'épuisent pas à la tâche, hein?)
- un mari -de temps en temps- à la maison (physiquement du moins)
- une super nounou
- "seulement" deux enfants
- et contrairement à ce qui est indiqué dans l'émission, même si je suis partisane de la bienveillance éducative, ça fait bien longtemps que je prône l'idée que ce n'est pas une fin en soi mais un chemin que l'on doit suivre à son rythme
- et ça fait un paquet de mois que j'ai conscience qu'il me faudrait retrouver du temps pour moi et accorder plus de place (une place tout court?) à ma vie de femme entre ma vie d'épouse, de mère et de travailleuse.
- et ça fait quelques temps maintenant que je prétends avoir lâcher prise pour vivre ma vie et inviter mes enfants dans cette vie, sans plus vouloir vivre pour eux.  
- il y a bien longtemps que je sais que je ne suis pas superwoman (moi mon problème c'est plus de penser que je suis superlooseuse... Voyez? Oui, certaines d'entre vous voient très bien...)

Et pourtant j'en suis là.

Parce que quand tu vas mal, tu assistes à un phénomène déroutant : les gens t'appellent d'abord pour prendre de tes nouvelles parce que "ils ont appris que...". C'est touchant, c'est sincère à n'en pas douter et puis au moment où tu entends "tu sais je te comprends, moi aussi....", ça bascule et soudain, c'est toi qui te retrouve à écouter les autres te parler de leurs déboires de vie.
En fait, comme tu as officiellement craqué, à toi on peut dire les choses. Le tabou tombe.
Je me suis alors rendue compte que j'étais cernée par des gens qui pataugent dans le malêtre. Des burnout en puissance. Ou des futurs cancers. Tiens je viens de trouver un avantage au burnout, ça va m'obliger à vider les tuyaux avant d’écoper d'un cancer venu "d'on ne sait où" quand j'aurais 60 ans. (Et puis aussi, maintenant je sais pourquoi ça fait des mois que tous les jours j'use d'une violence psychologique et/ou physique -que pourtant je rejette- sur ma fille, sans savoir d'où ça vient et sans pouvoir m'en empêcher, comme si j'étais schizo).
Allez 2/10.
 

Bref, un test peu concluant qui m'invite à vous dire :
"Sérieusement : par pitié, n'attendez pas d'en arriver là."

Pour reprendre une formule bien connue "parents épanouis, enfants épanouis".
On le répète mais on oublie souvent de l'appliquer : le premier pas vers la bienveillance éducative, c'est d'être bienveillant avec soi-même. 





jeudi 5 janvier 2017

On est pas là pour protéger nos enfants.

"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface
A chaque faux pas que tu feras
Je tomberai à ta place
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal

[...]
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul tu manqueras de rien"

Je Serai Là, Teri Moïse  




Il y a quelques semaines, je retombe sur cette chanson bien connue de feu-Teri Moïse, qui date de mon adolescence et qu'on trouvait telllllement jolie. 
Cette chanson est jolie, c'est vrai, mais les paroles entendues ce jour là m'ont piqué les oreilles.

Bon, le refrain, je dis pas :
"J'ai découvert qui je suis
Tout a changé le jour où je t'ai donné la vie
Et si jamais le monde t'es trop cruel
Je serai là toujours pour toi "

No problemo, c'est la quintescence de la maternité.... Mais le reste ? 

"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface 
Oublier quoi ? Ah non, non, non, moi j'efface rien. Les erreurs sont pleines d'enseignements et les peurs, des obstacles à surmonter dont on ressort grandi.
A chaque faux pas que tu feras Je tomberai à ta place 
QUOI !? Euh non, non plus. Je tombe déjà assez bien tout seule merci. Je veux bien tendre la main pour aider à relever mais c'est en tombant qu'on apprend à ne plus tomber.
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal
[...]
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul tu manqueras de rien
Alors déjà, j'ai plein de plaisirs dans la vie, hein ?  Et puis, comment Diable, suis-je censée faire ça ???

Vous savez quoi, je crois qu'une des plus grosses erreurs que véhicule notre modèle sociétal sur ce qu'est être parent c'est de nous faire croire que nous sommes censés protéger nos enfants.
Cette image de nous que nous avons, cette lubie profonde de vouloir qu'ils n'aient jamais mal, jamais peur, qu'ils ne connaissent ni la frustration, ni la haine, ni le mépris, ni la contrariété, ni rien. On veut les préserver de tout ce qui nous semble négatif.

Pour moi, c'est une résultante de deux éléments fondamentaux de notre modèle culturel : le fait que l'on vit dans la peur (voir ici), et l'omniprésence du confort. Nous sommes constamment en recherche de confort, au point que nous allons à l'encontre parfois de ce qui est bon pour nous afin de ne pas en sortir : accumuler des choses qui font tout à notre place, accoucher sans douleur, ne pas sortir quand il pleut ou qu'il fait froid, surchauffer nos maisons, rester dans des situations qui ne nous épanouissent pas mais qui nous maintiennent dans ce confort anesthésique, dans lequel d'ailleurs on s'échine à nous maintenir. Orson Wells et Aldous Huxley avait imaginé les sociétés dictatorielles du futur mais si je devais écrire mon "Meilleur des monde" je miserais sur la peur et le confort : "Le monde il est méchant mais j'ai pas le temps de le changer, c'est les soldes chez Conforama" : et on devient dociles comme des agneaux (ah non pardon, on partage notre indignation sur facebook!).

Mais, bref, je m'égare...

Pourquoi diable, prétends-je que notre rôle n'est pas de protéger nos enfants ?

Parce que les protéger de ce qui nous semble néfaste, c'est les protéger de la vie d'une part. La vie c'est pas un champ de fleurs, la vie est faite de bons et de mauvais moments, et si on apprécie les bons, c'est aussi parce qu'on a traversé les mauvais. La vie desfois c'est dur, mais parfois il faut savoir traverser ça pour accéder au bonheur. Personne n'a jamais dit que le bonheur c'était facile, ou qu'il avait vocation à l'être. 

Ensuite, je crois qu'il nous faut reprendre les rennes de nos vies, et quand je dis nos vies ce n'est pas seulement notre petite bulle mais notre façon d'être au monde, d'être dans le monde. Pour pouvoir être acteur, il faut donc agir et donc il faut voir le monde en face. Pour lutter contre la haine il faut la connaitre, pour lutter contre le mépris il faut en avoir été témoin, pour lutter contre l'inconscience il faut savoir vivre avec les inconscients.  

Parce que protéger nos enfants c'est les mettre réellement en danger. Si on tient le bouclier devant leurs yeux, ils n'apprennent pas ni à voir le danger, ni à s'en défendre seul, ni à l'éviter.(voir ici)

Dans des tas de cultures (souvent dites "primitives"), il existe des "passages initiatiques" où le jeune est volontairement placé dans une situation d'inconfort, voire de danger, et où il doit prouver qu'il peut surmonter cela pour être considéré comme un adulte. (Et soit dit en passant, être adulte est un accomplissement dans ces sociétés, pas une malédiction).
Et après tout n'est-ce pas cela, en effet, être adulte ? Avoir appris à vaincre, seul, les difficultés pour prendre sa vie en main et pouvoir engendrer alors d'autres vies ?

Et puis les protéger, le peut-on réellement ?
Je ne veux pas que mon fils se brûle avec les allumettes alors je vais toutes les enlever ou les mettre tout en haut de l'étagère. Et un jour l'enfant se brise le cou en ayant escaladé l'armoire pour aller chercher les allumettes quand ses parents avaient le dos tourné.
Je veux lui épargner l'angoisse de la séparation alors je reste toujours avec lui et j'empêche le père de s'impliquer parce qu'il ne "sait pas faire". Et un jour on est hospitalisée pour deux mois.
Mon fils se fait harceler à l'école, je vais en parler à la maitresse, je vais voir les parents de l'agresseur, l’agresseur lui-même, je vais le changer d'école. Et devenu adulte, il n'ose s'opposer à son voisin qui lui pourri la vie parce qu'à l'époque, c'est maman qui avait tout géré et qu’aujourd’hui elle n'est pas là. 
Je ne veux pas que ma fille boive de l'alcool parce que c'est mal alors à la maison on en a pas, on en parle pas, on ne fréquente pas de gens qui en boivent, on interdit les soirées où il y en a. Et un jour votre fille se regarde dans la glace après son premier verre de whisky à 8h du matin en se rappelant ce jour où ce charmant garçon lui a tendu un verre avec un clin d’œil et qu'elle n'en a jamais parlé à la maison parce qu'à la maison, ça n'existait pas.

Vouloir protéger un enfant, plus j'y pense, plus je trouve ça contre-productif.


Alors quoi ? "D 'après toi grande maline, que faut-il faire?"
Je laisses la parole à Dumbledore et Harry Potter :

"Comment puis-je protéger mon fils Dumbledore ?
- [...] On ne peut pas protéger les jeunes de la souffrance. La douleur doit arriver et elle arrivera.
- Donc, je suis censée rester là à ne rien faire ?
- Non. Tu es censé lui apprendre à affronter la vie. "

Moi y en a être d'accord.
Je veux dire, évidemment que je ne suis pas en train de dire qu'il faut livrer nos enfants à eux-mêmes ou les mettre dans des situations ingérables pour eux en pensant qu'ils s'en sortiront seuls et que ça leur servira de leçon.

A mes yeux aujourd’hui, notre rôle est de sensibiliser nos enfants, de les accompagner, de les soutenir, de les épauler, oui, de leur apprendre à se protéger, mais pas de les protéger.

Alors évidemment c'est difficile parce que souvent nous avons été protégés, et nous sommes très nombreux à ne pas savoir nous-mêmes comment nous protéger. Ou on a été laissés seuls, ou forcés : "T'es plus un bébé, c'est rien, serres les poings / rentres dans le tas".

Mais des outils bienveillants il y a en et vous les connaissez sûrement :
- accepter les émotions, les entendre et laisser l'enfant les entendre et lui apprendre à les gérer
- trouver des solutions ensemble, l'impliquer dans ce qui le concerne
- lui apprendre qu'il a le droit de dire ce qu'il ressent et d'être traité avec respect.
- avoir nous-mêmes un comportement exemplaire, en accord avec nos discours.
- laisser la place à l'autonomie, à l'expérience personnelle, sans jugement ni tentation de faire à leur place
- laisser le droit à l'erreur et laisser l'enfant tirer les conclusions qui s'impose
- être là, tout simplement, comme un refuge, un phare dans la tempête et laisser l'enfant venir à vous pour y puiser la force qui lui est nécessaire.
etc.

Pour moi, il ne s'agit pas de dire : "T'inquiète mon chou, maman va venir avec son bouclier en titane" mais "Bon, voilà du carton, du scotch, quelques clous, viens, on va te faire un bouclier. C'est quoi ça là-bas ? Ah ça, c'est mon bouclier en titane et tu sais quoi, un jour tu auras le tien. Mais il faut beaucoup de personnes pour faire celui-là. Viens on va commencer par le carton, je vais te montrer."  

Pour finir, je vous propose une réécriture de ma chanson d'intro  :

"Sers toi de tes erreurs et tes peurs
Dépasse-les, apprend d'elles
A chaque faux pas que tu feras
Je t'apprendrai à te relever

Mon plus grand plaisir sera de te voir construire ta vie librement
 Avec ses peines et ses joies

Et tu seras l'acteur d'un monde meilleur

Je t'apprendrais à te satisfaire de ce que la vie te donne
Et je serais là, toujours pour toi".


lundi 12 décembre 2016

Pédagogie de projet et graine de partage

"Moi, je file un rancard
A ceux qui n'ont plus rien
Sans idéologie, discours ou baratin
On vous promettra pas
Les toujours du grand soir
Mais juste pour l'hiver
A manger et à boire
[...]
C'est pas vraiment de ma faute
Si y'en a qui ont faim
Mais ça le deviendrait
Si on n'y change rien

[...] 
Aujourd'hui, on n'a plus le droit
Ni d'avoir faim, ni d'avoir froid

[...]
  J'ai pas de solution pour te changer la vie
Mais si je peux t'aider quelques heures, allons-y
Y a bien d'autres misères, trop pour un inventaire
Mais ça se passe ici, ici et aujourd'hui

[...]
  Aujourd'hui, on n'a plus le droit
Ni d'avoir faim, ni d'avoir froid "

Chansons des Restos du coeur, les Enfoirés

Voilà deux ans que j'ai amorcé trèèèèès doucement une volonté de faire du temps de l'avent un temps où l'on reçoit, certes, mais où l'on donne aussi.

Elevée dans une famille catholique pratiquante, j'ai une culture de l'Avent comme un temps de réflexion, d'introspection et de générosité envers les plus démunis. Nous nous retrouvions avec des amis de mes parents tous les dimanches de l'avent pour des temps d'échange qui ont planté une graine en moi, même si ma spiritualité a évolué depuis. 

L'hiver est par naissance pour moi une saison de repli, de pause, et de réflexion (idée qu'on retrouve dans la saison sombre des païens ou dans ce fameux bilan de fin d'année et ces bonnes résolutions qu'on ne tient jamais). Mais se replier sur soi et regarder en soi, faire le point sur sa vie, ça incite, ça invite aussi à voir l'Autre. Voir sa vie en pensant à celui qui a moins que nous change le regard. Et je voulais transmettre cette idée dans les rituels familiaux.

J'avais plein d'idées au départ, mais ce n'est pas si simple avec de jeunes enfants. Je me souviens du jour où nous avons offert des croissants et un café à un monsieur qui faisait la manche près d'un supermarché. Ma fille a posé des questions bien sûr, et j'ai du lui expliqué que certaines personnes n'avaient pas de travail, donc pas d'argent et donc pas de maison et parfois pas de quoi s'acheter à manger. "Mais alors, il faut leur en donner une de maison !". 
Ben oui, c'est ça qu'il faudrait faire. Il faudrait que tout le monde ait un toit, un refuge, un foyer. Mais ça ne se passe pas comme ça dans notre monde et pour expliquer ce non-sens à un gamin... Et ben j'étais bien embêtée (Que ce monde parait insensé quand on le voit avec les yeux d'un enfant!).

Finalement, cette année, nous avons commencé par le commencent : faire un peu, c'est déjà faire.
Nous avons donc fabriqué des petits sachets de Noël pour les distribuer au SDF.   

Alors pourquoi je parle de pédagogie de projet ? 
Déjà parce que c'est accrocheur alors comme ça plein de gens reggio-fan voudront lire mon article. Et puis parce que, avec le recul, je me suis rendue compte que c'était notre premier vrai "projet" au sens pédagogique. 
L'idée : faire des sachets de Noël pour les sans-abris. Pour cela nous avons : 
- cuisiné - avec tout ce que ça inclus en terme d'apprentissage cognitifs et manuels
- compté et comparé - pour faire des sachets équitables
- tracé des formes - des cœurs avec les emporte pièces pour faire les étiquettes
- découper - lesdits cœurs
- fait marcher notre créativité - pour décorer les cœurs et puis aussi parce Minimog a voulu faire des étiquettes papillons
-  poinçonné - pour trouer les étiquettes et passer le fil
- travaillé l'écriture et la graphie : avec un modèle ou en repassant sur les tracés de maman



Et voilà


Tindiiiiiiin ! 

Le tout accompagné d'un chocolat chaud. Un VRAI chocolat chaud, avec du vrai chocolat dedans, et un mélange lait épautre/noisette et lait entier pour tenir au corps et du miel et un poil d'épice pour vaincre les microbes de l'hiver.

Onctueux et délicieux. Miam !


Et puis nous sommes allés les distribuer.... Un samedi après-midi..... En plein marché de Noël..... Avec tous les magasins ouverts.
Et bien je fus fière de ma fille ! Je l'avais briefé dans la voiture, nous étions là pour donner, pas pour acheter. Et elle a tenu bon.
A part un tour de manège elle n'a rien réclamé.
C'était particulier de nous promener avec notre carton de gâteau et de croiser les gens qui se baladait, les bras chargés de sacs griffés aux marques diverses. De passer derrière les cabanons du marché de noël sans même jeter un œil aux comptoirs chargés de belles choses. En fait, je me suis sentie étrangère à tout cela. Comme si tout cela c'était du vent. J'étais en route pour quelque chose de plus essentiel. Nous on cherchait du regard les personnes assises au bord des trottoirs dans un coin. 
On a tout de même regardé les décorations, les lumières. Ce fut une belle balade de Noël.  
Nos petits paquets sont partis vite. Tant mieux pour nous (traîner deux petiots en ville avant les fêtes ça ne peut pas durer l'après midi), dommage pour le monde.

Et puis nous sommes allés donner le sourire à une autre personne : ma mamie qui vit en résidence pour personnes âgées depuis quelques mois. Parce que ça aussi c'est important

Ma maman m'a demandé ce que ça avait fait à ma fille. Je ne sais pas. Je ne lui ai pas demandé. Je ne veux pas. Lui demander ça serait attendre une réponse, un discours, une morale. Ce genre de question n'est jamais gratuit.
JE l'ai fait, parce que c'était important pour moi et que c'est conforme à mes valeurs. Et j'ai invité mes enfants dans cette démarche. Le reste leur appartient.


Pour l'anecdote, au retour à la voiture, il ne nous restait que du chocolat. En chemin nous avons croisé un monsieur à genoux, mais debout, il avait une pancarte à ses pieds qui disait "J'AI FAIM", ses yeux regardaient sans vraiment voir la foule qui passait devant lui. On ne pouvait pas ne pas s'arrêter. Je me suis approchée en lui disant "Bonjour, on a plus de gâteau, mais il me reste du chocolat chaud, vous en voulez ?", il m'a dit oui, avec la bouche, et avec les yeux. quand je lui tends son chocolat je vois une main qui tend un énorme sandwich au jambon et j'entends mon prénom. Je lève les yeux... C'était la fille d'une amie (qui se reconnaîtra si elle me lit, comme tu peux être fière de ta fille ma chérie <3 -mais tu le sais déjà) qui se promenait avec son petit ami. Aucun sac dans leurs bras mais ce sandwich qui arrivait à point nommé. 
A part moi, je me suis dit : "j'espère que c'est ma fille dans 14 ans".
Mais tout comme on ne tire pas sur la tige d'une plante pour qu'elle pousse, je ne veux pas les pousser vers un idéal qui est le mien. Je suis le terreau, ils sont la graine. 
Et je ne me fais pas de souci : ces choses sont vraies, elles ont un sens, forcément, elles les toucheront.

Le Saint-Nicolas est passé chez ma Grand-mère. Et son pote le Père Fouettard qui a foutu la trouille à Minimog. Quand St-Nicolas a demandé si ma fille avait été ""sage"", je lui ai soufflé : "Tu n'as qu'à raconter à St-Nicolas ce qu'on a fait avant de venir" ;-). Et bien sûr le Père Fouettard a remballé son bâton et St-Nicolas a tendu des chocolats. Bon je sais, c'est nul cette mascarade de Saint-Nicolas ou du Père Noël qui ne donne soit disant qu'aux enfants obéissants (j'ai eu une mini discussion avec ma fille sur le concept de "sagesse" qui pour moi diffère de l'obéissance), alors qu'on sait pertinemment que tout le monde aura quelque chose, même les "petits terribles" (étiquette, étiquette..). C'est trop pas bienveillant. Non sérieux, c'est naze.
Mais bon c'est là, et cette année c'est clair, Minimog veut croire à tout ce folklore. Alors on jongle avec comme on peut, et j'ai glissé à ma fille : "Tu vois ma chérie, une bonne action est toujours récompensée" et ça au moins, c'est vrai. Je souhaite juste qu'un jour elle se rendra compte que la récompense, on se la donne soi-même, en son cœur, qu'elle se trouve dans la main qu'on tend.


Quand mon mari m'a demandé ce que je voulais pour Noël j'ai répondu : une belle fête de famille. Après une expérience comme celle-ci je mesure à quel point le repas partagé, au coin du feu, les belles décorations, l'odeur d'agrumes et d'épices, les sourires de mes enfants, les chants, sont des trésors. Je n'ai envie de rien d'autre. Sincèrement.

Je me dis que mon chocolat chaud a du leur donner soif à ces gens. Je me dis que la prochaine fois j'achèterai des bouteilles d'eau. Parce que oui, il y aura une prochaine fois. Des prochaines fois. Avec Charlie et Petit Chou peut-être.
Je me demande comment transporter des rations de boeuf bourguignon ou de coq au vin. Je me dis que des muffins au printemps et du taboulé en été ce serait une bonne idée... Et ces pensées me rendent heureuse. Sincèrement heureuse. 
Merci Noël. Encore un beau cadeau de la vie.     




  

mardi 6 décembre 2016

Slow life - slow web.

Une lectrice m'a très gentillement écrit pour s'inquiéter du silence radio qui règne ici.
J'ai pensé que si ça ne perturbe pas la vie de milliers de lecteurs, ça valait peut-être la peine d'en toucher un petit mot collectif.
Charlie et moi avons quelques articles dans les cartons. On cherche aussi à proposer un autre format d'article. Bref, ça devrait re-bouger ici dans quelques temps.

Après pour ma part, je sors d'une période où les enfants et moi avons enchainé les maladies, couplée à une période assez difficile au travail, qui m'oblige d'ailleurs à faire des heures supplémentaires en nombre.

Tout cela m'a tenue assez éloignée des écrans (à la maison du moins....), que ce soit pour mon blog ou celui des autres et je dois bien avouer que .... Ça ma fait beaucoup de bien.
Certes, le net est une mine d'information mais je dois dire que je sature un peu.

Tel le yin et le yang, la maladie apporte son lot de bonnes choses : elle force à se poser, et comme l'énergie se fait rare et ne peut être gaspillée, elle force à revenir à l'essentiel.
Pour moi cela m'a permis de me recentrer sur ma famille et, en marge de tout ce qu'on peut lire à droite et à gauche, de réorienter mon regard sur nous, ceux que nous sommes, comment nous vivons, de quoi nous avons besoin, où nous allons. En marge de toutes influence.

En fait, je sens que la déconnexion amorcée cet été me suit. Ce n'était pas une pause, mais une étape, une étape vers un chemin que j'ai emprunté et que je dois suivre pour un temps.
Un chemin loin de l'écran.
Je le sens, j'ai soif de rencontres, de concret, d'avancer vraiment.
J'ai fait de belles rencontres via ce blog mais aujourd'hui j'ai envie de crever l'écran, d'aller voir, de faire. Pas de passer des plombes devant un ordinateur ou le téléphone à la main.

Je ne vous servirai pas de grands discours du style "Adieu monde numérique", je ne vais pas disparaitre de la circulation et puis, j'ai une fâcheuse tendance quand j'annonce un truc, de vouloir faire le contraire dans la foulée. Simplement oui, le rythme risque de ralentir ici. Et dans un sens, je me dis que c'est pas plus mal.
De toutes façons les blogs de mamans fleurissent et ne manquent pas, je ne me fais pas de souci, il y a un tas de choses à lire ailleurs en attendant. Et ma foi si ce sont nos mots à nous qui vous manquent alors déjà merci, et puis envoyez nous un message, prenons rendez-vous pour boire un thé, découvrir votre région, s'échanger nos mails et bavarder autrement. 
 

En passant, j'ai passé beaucoup de temps le nez plongé dans le livre "Danse avec les loups" de Mickael Blake et j'en conseille vivement la lecture. Dans ma vie il est arrivé à un moment clef, ce genre de moment magique où, en allant fureter dans la boite à livre du village vous n'imaginez pas que le livre que vous venez de déloger en disant : "Ah tiens, pourquoi pas ?" est une rencontre qui tombe à point nommé. Alors peut-être qu'il m'a happé plus que de raisons mais voilà, il m'a suffisamment touchée pour que j'ai envie de le conseiller à d'autres.

 

mardi 15 novembre 2016

Maternage et féminisme

Arrivée à l'âge adulte, je me suis posée la question de savoir si je voulais réellement être maman. Pourquoi avoir des enfants ? Et je dois dire que, vu de loin, la vie de maman, ça ne me parlait pas. Je suis une femme pour le moins active, qui aime l'art, la littérature, les voyages, aller en concert, en festivals, les jeux vidéos, faire du bénévolat, apprendre des langues étrangères, apprendre tout un tas d'autres trucs, bref : manger la vie à pleines dents. Et j'avais l'impression que la vie de maman c'était tout sauf ça : que c'était couches, popote, jeux simplistes, routine, « casaniérisme »*, abnégation, énervement, oubli de soi.
*(si quelqu'un me trouve un substantif valable pour casanier, je suis preneuse)

Et si j'avais dit "Arrêtes ! sinon"...‏

oublié initialement le 20/10/14

J'aimerais partager avec vous une anecdote qui m'est arrivée hier avec Minimog tant je la trouve pleine de sens.

L'Enfant, de Maria Montessori

On peut, techniquement appliquer de façon indépendante, des éléments de la pédagogie montessorienne sans jamais avoir lu un ouvrage écrit de la main de Maria Montessori elle-même, simplement en se basant sur des livres ou des blogs qui donnent des idées en ce sens.

Mais ce serait dommage. Ce serait à mon sens, passer à côté de l'une des plus belles plumes qui ait jamais écrit sur l'enfant. .